La « musique industrielle » est apparue dans la seconde moitié des années soixante-dix. Elle est issue à la fois des expérimentations musicales de cette époque et de la scène punk qui lui a succédé. De ces deux filiations, elle a surtout retenu la radicalité, musicale et discursive, en particulier politique. Grosso modo, la musique industrielle est une appellation générique regroupant une multitude de formations musicales aux styles parfois très différents les uns des autres : cela va de la musique électronique rythmique proche de la « techno » (elle est d’ailleurs l’un de ses ancêtres) au « néo-folk » influencé par la culture et les mythes européens, en passant par les musiques expérimentale, dadaïste, futuriste, concrète, très proche de la musique contemporaine établie. Cependant, des points communs peuvent être dégagés de cette mosaïque de genres : tous les sous-registres tendent vers l’atonalité et/ou l’expérimentation. La musique industrielle est souvent instrumentale, le chant ne se prêtant pas à ce genre musical mais il existe aussi des chansons de « forme traditionnelle ». Outre une radicalité héritée des milieux punks, l’une des caractéristiques de ce milieu est une profonde imprégnation des thèmes et des thèses occultistes.
Nous pouvons distinguer quatre grandes tendances ésotériques : une première comprenant toutes les formes de mouvements magiques contemporains ; une seconde comprenant Julius Evola et les traditionalistes ; une troisième néo-païenne sous ses différentes variantes odinisme, chamanisme, néo-sorcellerie, etc. ; et enfin une dernière sataniste, au sens « laveyen » du terme. Toutefois, nous ne nous intéressons ici qu’à la première catégorie.
Les thèmes crowleyens sont un héritage direct de la décennie précédente. En effet, cette scène est largement tributaire de la génération précédente qui fut la première à célébrer ouvertement Crowley (cf. le cinéaste expérimental américain Kenneth Anger, David Bowie et Led Zeppelin, les Beatles - il figure sur le disque Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band ; première ligne en haut à gauche deuxième visage) et qui le fit connaître auprès d’un nouveau public. Un nombre important des groupes étudiés se réfèrent aussi fréquemment à un autre « magicien », disciple de Crowley, l’Anglais Austin Osman Spare, le fondateur du culte de Zos Kia. Ils se réfèrent aussi enfin à la Magie du Chaos dont la principale structure, l’Illuminated Order of Thanateros ou IOT, a été fondée par un disciple de Spare, Peter Caroll, un personnage évoluant au sein de la subculture punk se réclamant de Dada, de Deleuze, de Derrida, du taoïsme, etc. En fait, la Magie du Chaos mélange tout dans un relativisme total.