Sauts de paradigmes occultes
Pour manipuler le monde matériel indirectement, il faut quelque chose de bien plus simple et plus basique que les concepts de terre, air, feu et eau. Il faut quelque chose de si simple qu’on aura peine à le percevoir dans ce monde réel apparemment complexe. Il faudra une abstraction fondée sur une idée si triviale, bête et méchante, qu’on pourrait aisément faire sans (NDT : ici, Peter Carroll fait un jeu de mots sur le terme ‘discount’ littéralement « décompter »). Il faudra les mathématiques, soit pour, intuitivement, jeter une pierre, soit pour, plus difficilement, lancer une fusée sur la Lune.
Pourtant lorsqu’il s’agit d’interagir directement avec le monde (par la magie), un mode de pensée animiste peut présenter des avantages. Si nous supposons que l’esprit ou les fonctions cérébrales complexes peuvent d’une certaine façon et jusqu’à un certain point, former un engrenage direct avec le monde pour découvrir les choses ou les influencer, nous rencontrons alors un problème de définition (NDT : le terme employé est ‘mapping’), ou encore ce que les magiciens appellent le problème du lien magique. Comment se peut-il que ce qui se passe dans notre tête puisse présenter une corrélation quelle qu’elle soit avec les phénomènes externes ? C’est ce problème qui a ennuyé les philosophes depuis le commencement de leur profession. Nos sens sont imparfaits, mais lorsque nous les améliorons avec des observations attentives ou avec des machines, le problème ne fait qu’empirer, car nous commençons à apercevoir une incroyable complexité dans les choses les plus simples.
Ainsi, nous avons recours inévitablement à une sorte de modélisation analogique consciente des phénomènes dans notre réalité, parce que notre conscience ne peut numériser que les plus simples de nos expériences, quand bien même notre inconscient présente plus de facultés pour cela. L’inconscient emmagasine largement plus d’information que notre conscience ne peut les répertorier. Lorsqu’on rencontre un ami de longue date, notre subconscient confirme immédiatement son identité en confrontant une centaine de caractéristiques qu’il serait impossible de décrire consciemment, et, n’en parlons même pas, d’esquisser avec la mémoire consciente.
Extrait de : Sauts de paradigmes occultes de Peter Carroll.

